« L’énergie n’est pas qu’un secteur technique. C’est le cœur du développement, le moteur de l’entrepreneuriat, et le socle de notre souveraineté nationale. »
Un tournant décisif pour Madagascar
Madagascar se trouve à un moment charnière de son histoire énergétique. Les délestages répétés, les infrastructures vieillissantes et la dépendance aux importations de combustibles fossiles rappellent que notre modèle actuel n’est plus tenable.
Pourtant, le pays regorge de richesses naturelles : soleil, eau, vent, biomasse et gaz naturel.
Le paradoxe est frappant : un potentiel considérable, mais encore trop peu exploité.
La solution ne viendra ni d’un seul acteur ni d’une technologie miracle. Elle naîtra d’une vision collective, d’un leadership partagé, de l’innovation locale et d’une gouvernance éclairée.
Relier le monde rural et le monde industriel
La véritable transformation énergétique doit se faire à deux vitesses : locale et nationale.
Dans les zones rurales, chaque mini-réseau solaire, microcentrale hydraulique ou unité hybride devient un moteur d’entrepreneuriat. L’électricité permet :
- l’irrigation agricole
- l’agro-transformation
- la conservation des produits
- la boulangerie
- l’artisanat
- les services de santé
Mais dans les zones industrielles, l’énergie est tout aussi vitale. La compétitivité du pays dépend d’une alimentation électrique stable et fiable. Sans énergie, il n’y a pas de production locale, pas d’investissements, pas d’emplois qualifiés.
Valoriser notre potentiel énergétique, c’est relier le monde rural et le monde industriel dans une même dynamique : celle d’un développement équilibré, productif et inclusif.
L’énergie ne doit pas être conçue pour les citoyens, mais avec eux.
Les communautés locales doivent participer :
- à la gestion
- à la maintenance
- à la gouvernance des projets
C’est la condition pour garantir la durabilité, l’appropriation et la transparence.
L’inclusion, c’est aussi une question d’équité :
- les femmes, premières gestionnaires du foyer et du commerce local
- les jeunes, innovants, connectés et porteurs de solutions
- les artisans et entrepreneurs locaux
Une transition réussie est celle où l’énergie devient une opportunité sociale, pas seulement un service technique.
Innovation au service du progrès collectif
Madagascar ne manque pas d’idées, mais a besoin de confiance, d’organisation et de coordination.
L’innovation énergétique ne se résume pas aux panneaux solaires, aux batteries ou aux groupes électrogènes.
Elle consiste aussi à inventer de nouveaux modèles économiques :
- mini-réseaux hybrides communautaires
- systèmes prépayés intelligents
- plateformes numériques de gestion énergétique
- zones pilotes d’énergie productive
Ces solutions doivent être malgachisées : conçues ici, gérées ici, adaptées à nos réalités.
Souveraineté et indépendance énergétique
Retrouver une véritable souveraineté énergétique signifie réduire notre vulnérabilité face aux fluctuations internationales et produire notre propre énergie selon nos ressources et nos priorités.
La souveraineté ne signifie pas l’isolement, mais la capacité à maîtriser nos choix, à créer de la valeur localement, à sécuriser notre avenir.
Produire, stocker, distribuer et consommer malgache : voilà la voie vers l’indépendance énergétique.
Cette autonomie sera :
- technique
- économique
- sociale
- culturelle
C’est un acte de dignité nationale et un levier de développement durable.
Éduquer pour transformer
La culture énergétique doit s’enseigner et se vivre.
Dans les écoles, pour former une jeunesse consciente et responsable.
Dans les foyers, pour encourager les bons usages, réduire le gaspillage et prolonger la durée de vie des équipements.
Dans les entreprises, pour maîtriser les consommations, valoriser les déchets et investir dans des équipements efficients.
Comprendre ce que consomme un frigo, une pompe ou un atelier, c’est déjà agir pour la durabilité.
L’éducation énergétique est le socle d’un changement durable.
L’énergie, levier d’entrepreneuriat et de croissance
Chaque kilowatt distribué peut créer une activité, un emploi, une valeur.
L’énergie est au cœur :
- de la relance économique
- de l’industrialisation
- de l’entrepreneuriat rural
Elle favorise la création de microentreprises, la transformation locale des produits et la diversification des revenus.
Mais il faut aussi soutenir les industries :
- incitations fiscales pour l’efficacité énergétique
- cofinancement de centrales solaires
- partenariats public-privé
Les industriels ne doivent pas être vus comme de simples consommateurs, mais comme des partenaires de la souveraineté énergétique.
Collaborer, suivre, évaluer
Aucune transition ne réussira sans collaboration réelle et transparence.
L’État, la JIRAMA, les partenaires techniques et financiers, les entreprises, les ONG et les collectivités doivent agir ensemble dans un cadre clair.
Chaque projet énergétique doit être :
- suivi
- évalué
- audité
Il faut répondre à des questions simples mais essentielles :
- combien de foyers électrifiés ?
- combien d’entreprises créées ?
- quel impact économique ?
- quelle durabilité à long terme ?
Le suivi-évaluation n’est pas une formalité. C’est le garant de l’efficacité et de la confiance entre les acteurs.
Une vision pour la lumière
Madagascar a tout pour réussir sa transition énergétique : les ressources, les compétences, la jeunesse.
Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est une vision collective, une énergie inclusive, innovante et souveraine.
Une énergie qui :
- crée de l’emploi
- soutient l’industrie
- éduque les citoyens
- renforce les collectivités
- alimente la croissance
Une énergie pensée ici, maîtrisée ici, partagée ici.
Et si nous savons la gérer avec intelligence, discipline et solidarité, alors Madagascar entrera durablement dans la lumière.
À propos de l’auteur
🖋️ Tokiniaina RAZANAKOLONA
Directeur Général – Cabinet PHAOS
Président – IECRE du NEC Madagascar
Doctorant en Énergies Renouvelables et Environnement

